LE LIVRE D’ESTHER

Dans la bible hébraïque, le livre d'Esther appartient au troisième grand groupe, les «Écritures». Le premier groupe concerne la Torah ou Loi –le Pentateuque-, le deuxième groupe concerne les livres prophétiques et le 3e groupe les autres écrits. Le livre d’Esther fait partie de ce qu'on appelle les cinq «rouleaux» (Cantique des cantiques, livre de Ruth, livre des lamentations, l’Ecclésiaste, le livre d’esther) qui sont utilisés aujourd'hui encore dans les synagogues à l'occasion de certaines fêtes. Le livre d'Esther est lu à la fête des Purim, le quatorzième et le quinzième jour du mois d'Adar (février-mars). Dès lors, il compte parmi les portions de l'Ancien Testament les plus familières aux juifs, celles aussi dont il existe le plus grand nombre de copies anciennes. Le livre d'Esther a soutenu le peuple juif dans son espérance nationale jusqu'à nos jours, et cela surtout durant les périodes de persécution.

D'une manière particulière, ce livre nous montre les soins invisibles de Dieu pour ceux d'entre son peuple qui ont préféré demeurer dans le pays où il a été déporté, même si depuis le roi Cyrus de Perse (cf. le livre d'Esdras), la possibilité de rentrer en Canaan (la Palestine) était possible. Avec une grande bonté et beaucoup de soins, l'Éternel veillait également sur cette partie importante des juifs qu'il ne pouvait plus reconnaître devant le monde comme étant son peuple. Dieu se cachait en quelque sorte devant eux. Aussi n'est-il pas mentionné une seule fois dans ce livre.

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Le peuple de Dieu a été exilé, et vit les conséquences de la déportation de ses ancêtres. Avec le temps et plusieurs générations, les hébreux se sont adaptés à cette vie au milieu d'un peuple polythéiste et guerrier. Ils ont cependant conservé certaines de leurs traditions, liées à la pensée qu'ils appartiennent à l’Éternel. Ils vivent pourtant dans la soumission aux autorités de ce monde païen, et ne peuvent pratiquer leur religion qu'avec discrétion.

Assuérus le roi ou Xerxès 1er (a régné de 486 à 465 av JC) –Né en 519 av JC et mort en 465 assassiné-Le roi Assuérus nous est tout d'abord présenté (Esther 1:1-4) comme un roi d'une extraordinaire puissance. Il règne sur des peuples divers, et son royaume est plus vaste qu'aucun royaume avant lui. Le texte débute avec le récit d'un festin incroyable qui a pour but de réunir tout ce que le royaume compte de dignitaires, et de responsables. C'est, pour le souverain, une manière de montrer l'étendue de son pouvoir, et de regrouper en un seul lieu l’élite des peuples vivant dans des contrées très éloignées les unes des autres.

Après la répudiation de la reine Vasthi, la jeune Esther va être choisie parmi toutes les jeunes filles présentées au roi (Esther 2 :17).

Mardochée avant l'épreuveMardochée est un étranger qui vit à Suse, l'une des capitales de l'empire perse, parce que ses ancêtres ont été emmenés en captivité. Bien que faisant partie du peuple des déportés, Mardochée jouit d'une certaine liberté de culte. Cette situation semble d'ailleurs lui convenir parfaitement, puisqu'il n'a pas saisi l'occasion offerte aux volontaires du peuple juif, par Cyrus, empereur de Perse, de retourner à Jérusalem, quelques années plus tôt (Esdras 1:1/4). Mardochée habite au milieu des païens. C'est un homme de bien, un brave homme. Il a adopté sa cousine Hadassa (prénom Hébreu)/ Esther (prénom perse), devenue orpheline. Nous pouvons constater qu'il a, à son égard, toutes les attentions d'un père aimant.

Bien sûr, il accepte que la pratique de sa religion se fasse avec une certaine discrétion, mais rien ne nous permet de douter de sa foi dans le Dieu d'Israël. Mais lorsqu'Esther se retrouve en position de devenir reine, Mardochée lui interdit de faire connaître son origine ni sa religion (Esther 2:10). Il pense que vraisemblablement, ces informations sont de nature à desservir l'ascension sociale d'Esther.Le texte nous raconte également que dans le cadre de ses fonctions, Mardochée montre beaucoup de zèle pour la défense du Roi (Esther 2:21/22). Ce jour-là, il surprend une conspiration contre le Roi. Deux de ses sujets consacrés (des eunuques) se sont emportés. La colère les a poussés à mettre au point un attentat contre le souverain.

Devant l'imminence de la menace, il se confie à Esther, l'épouse, qui en parle à son mari : le Roi.Cet épisode nous permet aussi de remarquer que Mardochée ne fait pas cas de sa situation personnelle. Il n'hésite pas à dénoncer les rebelles, sans crainte du risque de vengeance qu'il prend. Et lorsque, ensuite, le Roi Assuérus oublie de lui témoigner sa reconnaissance, il ne se manifeste absolument pas, mais retourne humblement à son poste de travail.C'est au cours du début de la vie de la jeune épouse qu'un personnage va faire son apparition. En effet, le récit introduit subitement Haman dans les sphères supérieures du royaume (Esther 3:1).

Mardochée pendant l'épreuveMardochée va se rebeller lorsqu'il s'agit de se courber devant Haman, le second personnage du royaume. Il n'hésite pas, dans cette situation, à braver l'ordre des autorités (Esther 3:2). Mardochée montre ainsi que si sa vie religieuse est discrète, son respect pour Dieu est au-dessus de tout. En cette occasion, Mardochée ose affirmer qu'il ne se prosterne et ne se prosternera pas devant l'ennemi héréditaire du peuple de Dieu.Tant que Mardochée avait vécu sa vie spirituelle sans faire de bruit, sa position semblait relativement confortable. Le fils de la déportation avait une vie sociale qui lui procurait une certaine aisance, un certain bien vivre. Les choses ont pris un autre tournant lorsqu'il a montré publiquement son attachement à son Dieu.

Haman, fou de rage devant la résistance passive que lui oppose Mardochée, décide de se débarrasser définitivement de lui. Bien plus, il a compris que l'attitude de Mardochée est en relation étroite avec sa foi, sa religion. Sa décision est donc prise. Non seulement il fera exécuter Mardochée, mais il se débarrassera également de tout ce peuple (Esther 3:6). Et pour cela, il va même proposer au roi Assuérus de donner 300 tonnes d’argent pour le trésor du roi. (Esther 3 :9)

Il est intéressant de noter ici quelle est l'origine de ce personnage qui va créer tant de problèmes au peuple de Dieu. Le livre d'Esther précise qu'Haman était Agaguite, c'est à dire descendant du roi Agag, un ancien roi Amalécite. Ce détail n'est pas sans importance.

En effet, le livre de Samuel nous rapporte comment Dieu ordonna un jour au roi Saül, d'aller faire la guerre à ce peuple, ennemi des juifs, et de les détruire (les dévouer par interdit). Le roi Saül et ses soldats ont exterminé tout ce « qui était méprisable et sans valeur », mais il a épargné Agag, ainsi que les « meilleurs animaux du butin » (I Samuel 15:7-9).Bien longtemps après, le péché de Saül et sa cupidité,qui a entrainé par la suite, la perte de sa royauté au profit du jeune David, resurgissent dans la personne d'Haman, l'ennemi des juifs (Esther 3:11).Lorsqu'ils apprennent qu'ils sont condamnés à mort, Mardochée et le peuple juif se réfugient dans le jeûne et la prière (Esther 4:3). Ils pleurent et se lamentent, mais nous pouvons remarquer qu'aucun d'eux ne se révolte.

Mais cet abattement, cette angoisse trouvent leur fin dans le jeûne et la prière. Lorsqu'il peut enfin échanger avec Esther, Mardochée reprend ses habits, et ensemble, ils supplient le Père céleste d'agir. Et même si Esther est consciente des difficultés, Mardochée peut affirmer avec foi : « … le soulagement et la libération des juifs surgiront d'un autre côté …peut-être est-ce pour une circonstance telle que celle-ci que tu es parvenue à la royauté » (Esther 4:14)Haman, l’ennemi des juifs, est un croyant. Il croit que des dieux dirigent les circonstances, et que leur volonté se révèle dans le hasard, le sort. C'est pour cette raison qu'il tire au sort pour connaître quel jour de quel mois il mettra à exécution sa sinistre volonté de destruction du peuple de Dieu. C'est durant le premier mois de la douzième année du règne d'Assuérus (Esther 3:7) qu'on a tiré au sort pour connaître la date de programmation de ce gigantesque assassinat.

Lorsque les circonstances imposent à la reine Esther d'entrer en présence du roi sans avoir reçu d'invitation (ou de convocation), cette dernière se prépare avec beaucoup de sérieux.Dans un premier temps, Esther et le peuple s'unissent dans le jeûne et la prière (Esther 4:16).

Alors que jusqu'ici, rien ne nous a été dit sur la piété du peuple, le voilà qui se rappelle, devant la menace d'une grande difficulté, que Dieu existeRepentance, humiliation et prière sont la voie choisie par les juifs déportés de Perse pour obtenir la délivrance de la destruction.

Le jeûne a cette vertu de nous permettre d'humilier notre corps et notre cœur. C'est dans cette disposition de cœur que notre prière peut s'élever vers le trône du maître. Le jeûne ne nous donne aucun mérite devant Dieu mais il nous met simplement dans un état d'esprit propre à nous approcher de Lui, dans toute notre fragilité et notre faiblesse.Au moment de passer à l'action, Esther ne reste cependant pas dans cet état d'humilité. Après avoir recherché Dieu à travers le jeûne et la prière, la reine Esther revêt « ses vêtements royaux ».C'est ce mélange de soumission et de l'affirmation de sa position qui permet à Esther d'entrer dans la présence du roi. Le roi Assuérus avait installé son trône dans le palais royal, face à l'entrée. Il était impossible à quiconque de pénétrer dans cet endroit, sans y avoir été invité, sous peine de mort. Il existait cependant une mesure dérogatoire à cette interdiction, mais elle était à la seule discrétion du souverain : « Seul peut rester en vie celui à qui le roi tend son sceptre d'or » (Esther 4:11).

Dès que le roi aperçoit la reine Esther, il lui tend son sceptre d'or (Esther 5:2). Dès qu'elle a touché l'extrémité du sceptre, le roi lui demande quelle est sa requête. Cette dernière l’invite à un banquet avec Haman et lui dit lors de ce banquet, qu’elle lui fera part de sa requête au cours d’un festin qu’elle donnera le lendemain et elle y invite à nouveau Haman, le premier ministre (Esther 5 :8).

Entretemps, le roi a une insomnie et demande à ce qu’on lui lise le registre des événements marquants (Esther 6). Sachant que Mardochée n’a jamais été récompensé d’avoir sauvé la vie du roi, il demande à Haman comment traiter un homme qu’il veut honorer. Croyant qu’il parlait de lui, Haman propose une très grande marque d’honneur (Esther 6 :9)

Le temps est maintenant venu pour Esther de dénoncer l'ennemi au roi, pour obtenir l'annulation de ses décisions assassines. C'est exactement ce qu'elle fait lors du second banquet qu'elle organise (Esther 7:6). « L'adversaire, l'ennemi, c'est Haman, ce méchant homme ».Devant la révélation du complot programmé par Haman, le roi prend fait et cause pour celle qu'il aime : Esther. Haman l'agaguite sera pendu à la potence qu'il avait préparée pour Mardochée, l'homme de Dieu.

Voici donc qu'en un seul jour l'auteur de la conspiration mortelle est détruit, anéanti, disparu. Pourtant ses consignes restent en vigueur, son terrible projet est toujours programmé. Les décisions qu'il a prises et signées avec le sceau du roi sont toujours valables.

Mais la réalité c’est que ce ne sont pas les dieux d'Haman qui ont en fait décidé de la date du massacre, mais bien l’Éternel. En effet, la date qui a été choisie se situe onze mois plus tard, à la fin de l'année.

L’Éternel se donne ainsi le temps d'organiser la défense de son peuple.

Après avoir prié, le peuple juif déporté en Perse n'a donc pas vu de modification notable de sa situation. Les décrets du roi qui les condamnent à mort sont toujours en vigueur. Rien ne laisse penser, à vues humaines, que le peuple de Dieu puisse échapper à la destruction.

Il a été décidé que le peuple de Dieu serait détruit le treizième jour du douzième mois. Rien ne semble pouvoir arrêter cette page d'histoire scellée par la plus haute autorité du royaume, même si l’ennemi des juifs, Haman, est mort.

En effet, rien, ni personne, ne peut annuler une décision royale. En aucune circonstance. C'est même impossible pour le roi. Il nous apparaît donc que malgré toute l'énergie qu'ont déployée Mardochée et Esther, le peuple est condamné à subir la loi de l'ennemi.De nouveau, Esther, pleine de courage, se présente devant le roi (Esther 8:3). De nouveau, elle obtient sa faveur, et également une lourde responsabilité : « Vous, maintenant, écrivez au nom du roi, ce qui vous paraîtra le plus favorable aux juifs ». (Esther 8 :8)Il est impossible pour Mardochée et Esther d'écrire simplement que le précédent édit du roi est abrogé. C'est « inconstitutionnel ». Il faut donc trouver une parade intelligente pour annuler les directives d'Haman. La solution mise en place est donc celle-ci : « Le roi autorisait les juifs à se rassembler pour défendre leur vie » (Esther 8:11). Dans le contexte historique, il était impossible d'imaginer un peuple de déportés autorisé à s'organiser, à s'armer, pour lutter contre les notables autochtones. C'est pourtant ce qu'a permis le roi Assuérus.Lorsque le jour de l'affrontement arrive, contre toute attente, les juifs remportent une éclatante victoire sur leurs ennemis (Esther 9:1-2), une victoire totale, complète, parfaite. Mardochée après l'épreuveLe jeûne, la prière, et la solidarité de la reine Esther ont parfaitement atteint leur but. En ces jours anciens, tout comme aujourd'hui, Dieu honore la foi de ses enfants qui poussent vers lui des cris de détresse. L'ennemi qui se croyait vainqueur est finalement abattu, détruit. Il n'y a plus aucun obstacle entre le Roi et Mardochée.

Ainsi lorsqu'ils se rencontrent pour la première fois, le Roi offre à l'homme de Dieu le symbole de la puissance royale : son sceau car Esther a révélé qui était Mardochée pour elle (Esther 8:1-2). L'épreuve a rendu Mardochée plus fort. Il est passé de la soumission à l'ordre établi par l'ennemi, à une victoire éclatante sur cet ennemi, d'une position humble à un poste de responsabilités. Il a trouvé, au travers de ces difficultés, le Dieu qui transforme les évènements et les vies de ceux qui se confient entièrement à Lui. (voir Proverbes 3 :5-6). Aujourd’hui, la fête de Pourim est le symbole de la victoire du peuple juif, victime à plusieurs reprises de tentatives d’extermination.